dimanche 25 février 2007

L'immigration

Mon ami, l’immigration est un thème que M. Sarkozy arrive particulièrement à détourner pour tenter de plaire aux électeurs de droite tout en adoptant l’attitude la plus contraire aux impressions qu’il donne. Et pourtant, il semble partir d’une bonne intention. Comment ne pas le suivre dans l’attitude à adopter envers les pays d’Afrique, originaires de l’immigration subie en Europe, lorsqu’il dit par exemple :
« Il convient notamment d’arrêter de les exonérer de toute responsabilité dans le retard de développement de leur continent. Faire reposer l’échec africain sur les seules conséquences de la colonisation est contraire à la réalité. »*
Comme vous, je suis las de la politique de repentance systématique suivie par notre pays depuis l’arrivée de M. Chirac au pouvoir. Comme vous, je crois qu’en lisant cela, notre pays peut retrouver l’espoir de la fierté.
C’est peut-être pour cela que les discours de votre candidat provoquent des réactions hostiles de la part des associations de défense des immigrés clandestins (que les journaux appellent les « sans papiers »). Pourtant, en tant que ministre de l’Intérieur, il a suivi la politique laxiste de la plupart de ses prédécesseurs. Ainsi, lorsqu’un grand nombre de clandestins se retrouvèrent à Sangatte, il négocia l’accueil de la moitié d’entre eux en Angleterre en s’engageant à en accueillir l’autre moitié. Cela devait s’entendre sans exception, pour ne pas avoir à sélectionner ceux qui avaient un proche déjà installé : « Je ne voulais pas faire une telle sélection : sous quelle forme, selon quelle procédure, sur quelles preuves, et surtout au nom de quoi dès lors que tous avaient souffert pour arriver là et payé chèrement des passeurs sans scrupule ? »*
Vous conviendrez qu’il s’agit d’une vision de la justice qui s’apparente plus à celle d’Attac qu’à celle des partis de droite : puisqu’ils ont été opprimés par un ordre bourgeois (ici, des passeurs), et même s’ils ont agi contre des règlements édictés par un autre ordre bourgeois (le droit des pays riches), ils ont atteint un rang dans la martyrologie socialiste qui leur donne ipso facto la citoyenneté de la République (en l’occurrence française). « Nous les avions accueillis, l’humanité commandait des tous les garder. »*
Vous pensez certainement, mon ami, que nos valeurs commandent justement un tel comportement, fut-il contraire aux lois ? Je ne saurais vous désavouer sur cet aspect purement juridique : bien évidemment, si une loi est foncièrement injuste, il est du devoir de quiconque de s’y opposer. A fortiori, un homme politique au pouvoir doit s’appliquer à la faire supprimer et ne doit pas prendre de décrets d’application en attendant. Mais la loi française, selon laquelle un clandestin est un clandestin, est-elle une loi injuste ? Un Etat a-t-il vocation, selon les règles morales qui ont façonné notre civilisation, à accepter toute la misère du monde sur son sol ?
Selon le cardinal Biffi, qui s’exprimait à ce sujet en 2004 à propos de l’Italie, il ne peut pas en être question :
« Une introduction considérable d’étrangers dans notre péninsule est acceptable et peut même s’avérer bénéfique, à condition de s’occuper sérieusement de sauvegarder la véritable physionomie propre de notre nation. […] Dans une perspective réaliste, on préférera (à égalité de conditions, surtout pour ce qui concerne l’honnêteté des intentions et la correction du comportement) les populations catholiques ou au moins chrétiennes, dont l’insertion est infiniment plus aisée [...] ; puis les Asiatiques [...], qui ont montré leur capacité à s’intégrer avec une bonne facilité, tout en conservant les traits distinctifs de leur culture. »
On peut évidemment trouver des réflexions antagonistes énoncées par d’autres prélats catholiques sur ce sujet. Mais l’étude de l’histoire de l’Eglise au XXe siècle permet de savoir que ces prélats ne parlent pas au nom des valeurs traditionnelles de l’Eglise mais d’une déviation dite « moderniste » qui est à la religion ce que la gauche est à la politique.
D’une manière plus générale, sur ce même plan moral, je suis convaincu que le référentiel de M. Sarkozy au sujet de l’immigration n’est pas le nôtre. D’ailleurs, s’il critique la politique des banlieues de ses prédécesseurs comme ayant conduit à des situations de zones de non droit, il leur reproche aussi de les avoir laissé s’enfoncer depuis des années dans la « désespérance »*. On le voit donc dédouaner les délinquants d’une partie de leur responsabilité, et cette désespérance fait écho à la « haine » du cinéaste Mathieu Kassovitz. Pour un gauchiste comme pour M. Sarkozy, les jeunes de banlieues ne sont pas responsables de cette haine, puisqu’elle est censée être le résultat d’une situation qu’ils n’ont pas voulue, et qui leur est imposée et par l’Etat, et par le peuple autochtone.
C’est donc tout logiquement que M. Sarkozy a décidé récemment d’interdire la reconduite à la frontière de ceux qui avaient un enfant scolarisé en France. Comment croire qu’il lutte contre l’immigration, alors qu’il va jusqu’à risquer de prendre des mesures contraires à la loi pour favoriser l’installation des populations concernées ! Quel engagement ! Pour bien montrer sa détermination à favoriser l’immigration clandestine, il a même demandé, dans son combat, le soutien de l’avocat Arno Klarsfeld, homme de gauche lui servant d’une certaine manière de caution morale. Car pour M. Sarkozy, il est admis que dans la société, ce soit la gauche qui incarne la caution morale de toute chose (1).
Pour bien enfoncer le clou, M. Sarkozy a aussi obtenu des député une loi imposant le maintien sur le territoire français des immigrés condamnés à de la prison, ce qu’il appelle, selon la terminologie des médias immigrationistes, la suppression de la « double peine ».
Il s’est aussi illustré dans ce qu’il appelle la « discrimination positive ». Il explique dans son livre* qu’il a été subitement converti à cette politique. Il précise que, contrairement aux Etats-Unis, les minorités issues de l’immigration récente n’ont pas atteint de haut rang dans la société. Il semble oublier que les petits caïds prospèrent dans les banlieues, dans une société fermée où aucune politique de discrimination positive n’est envisagée pour permettre à des Français de souche d’avoir la moindre influence sociale. Le cheminement intellectuel qui conduit à militer ainsi pour la préférence étrangère est confus, mais le résultat ne souffre d’aucune équivoque.
D’ailleurs, l’ensemble de ses arguments semble emprunté aux associations satellites du parti socialiste : il refuse de « punir »* une famille entière par le renvoi du père à l’étranger à cause de ses propres fautes, car renvoyer des délinquants ou des criminels serait avoir une « conception raciste et xénophobe de l’immigration »*. On croit rêver ! Si cette famille aime tant ce père, elle peut le suivre à l’étranger, au nom de ce fameux regroupement familial ! Qu’y a-t-il de raciste que de pratiquer la même politique que presque tous les autres pays du monde ? Qu’y a-t-il de xénophobe que de ne pas reconnaître qu’un délinquant est un délinquant, fût-il étranger ? Notez, au passage, que pour appuyer cette action, M. Sarkozy s’est là encore appuyé sur des personnalités de gauche, telles qu’un pasteur protestant responsable de la « marche des beurs » ou que le cinéaste Bertrand Tavernier.
Il est en réalité allé plus loin que les socialistes n’avaient osé aller, même si cette mesure faisait partie, comme il s’en vante lui-même, des cent dix proposition du candidat Mitterrand en 1981. Les députés socialistes ont d’ailleurs voté cette loi à l’unanimité !
En réalité, la France de M. Sarkozy est celle espérée par les lobbies pro-immigrationistes et par les associations racistes anti-Français. C’est une France qui se croirait ouverte au monde entier, sous couvert d’une fidélité à « un idéal de tolérance et de générosité »*. Mais cette soi-disant tradition française ne date que de 1962, année où l’on a pris le parti de changer l’orientation naturelle de la géopolitique française : importer des colons étranger et envoyer des richesses à l’extérieur des frontières quand, depuis la nuit des temps, la politique extérieure avait été l’inverse.

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* Toutes les citations marquées d’un astérisque sont extraites de son ouvrage Témoignage (Editions Xo, 2006).

(1) Dans La République, les religions, l’espérance (Editions Cerf, 2004), il laisse à penser qu’un homme de cœur est nécessairement de gauche, mais que le pragmatisme impose une politique de droite.

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